Un grand pas
Entre une équipe espérantiste avide de redorer son blason d’antan et de reconquérir un titre de champion qui lui fuyait depuis 4 ans d’une part, et une équipe étoilée soucieuse, sous la houlette de son entraîneur emblématique Kamel AKAB, d’étoffer son palmarès déjà riche en titres acquis durant cette dernière décennie d’autre part, la confrontation, dans le cadre cette première manche de la finale du championnat de handball, s’annonçait très indécise.
Les 3 victoires réalisées par nos poulains au cours de cette saison sportive aux dépens de son rival étoilé, en championnat, en coupe de la fédération et en finale du tournoi amical de Béni Khiar, pouvaient refléter et justifier l’existence d’un ascendant psychologique dans le camp epérantiste. Seulement, la dernière confrontation entre les deux équipes à la salle Zouaoui n’a fait que remettre nos pieds sur terre pour se rendre compte du rééquilibrage des rapports de force entre ces deux équipes depuis le retour de Kamel AKAB à Sousse.
Nous étions curieux de voir ces deux équipes et d’évaluer leurs potentialités samedi dernier dans un match qui s’annonçait chaud, très chaud même, dans une salle toujours hostile à nos couleurs. Les techniciens et les connaisseurs du milieu du handball laissaient présager une victoire étoilée du fait de l’expérience du coach algérien, un des techniciens les plus titrés dans l’histoire du handball Tunisien. Mais, il était écrit que ce match ne pouvait en aucun obéir à une logique préétablie. La preuve avec se qui s’est passé samedi dernier sur le parquet de la Salle Olympique de Sousse dans un match palpitant et riche en rebondissements caractérisé par un basculement sinusoïdal des rapports de force et des retournements de situations tout au long du déroulement de la rencontre.
La surprise tactique étoilée du début d match : le coup de Poker de Akab
Entre deux équipes qui se connaissaient parfaitement au cours de cette saison sportive, nous étions curieux de voir le comportement et le schéma tactique des deux équipes à l’entame du match. Sans aucune surprise, notre coach, Ben Thayer, aligna son équipe type avec ses deux baroudeurs, en l’occurrence Ben Aabdallah et Horri, en position d’arrières et Hmam dans le poste de demi-centre. La surprise fût du côté étoilé où Kamel Akab préféra aligner le jeune Romène en position d’arrière gauche, garder le meilleur joueur étoilé de cette fin de saison, en l’occurrence Souheil Klaii sur le banc des remplaçants et miser sur un très jeune joueur issu de la catégorie cadet au poste de demi-centre. Le maître à jouer des sahéliens Sobhi SAIED fût un spectateur attentif du début de la rencontre depuis le banc étoilé.
Notre équipe, qui a initialement axé sa préparation de ce match autour d’une tactique basée sur le marquage de Saied se trouva ainsi prise de court, jouant face à un adversaire composé de joueurs inconnus et donc imprévisibles. Le coach étoilé tenta ainsi un double coup : désorienter la défense espérantiste et préserver la fraicheur physique de son joker Sobhi Saied pour la suite de la rencontre.
Les 10 premières minutes donnèrent raison à Kamel Aakb puisque aucune des deux équipes ne donnait l’impression de pouvoir prendre un avantage au score sur son adversaire. En optant pour une défense plate en 6-0 et défense agressive sur notre arrière gauche Horri et notre pivot Gharbi, nos poulains avaient du mal à trouver les formules capables d’annihiler la résistance défensive étoilée. Heureusement pour Ben Thayer, le salut venait de Ben Abdallah très efficace en début de match. Appliquée en défense, notre équipe creusa progressivement l’écart à partir de la 15ème minutes pour se retrouver en avance de 5 points à 7 minutes de la fin de la première mi-temps (11-6). L’incorporation de Mrabet à la place de Horri libéra ses coéquipiers en attaque.
Croyant ses poulains tenir les commandes du match, notre coach décida de remplacer en défense le brave Satteri pour lui permettre de souffler pour le faire revenir plus tard pour assurer une défense avancée sur SAIED. Ce changement causa une confusion dans l’organisation défensive de notre équipe surtout que son remplaçant Hidri n’avait pas les mêmes qualités d’abattage et de placement que celles de son prédécesseur. A ce changement déplacé s’ajouta la méforme manifeste de Zheni qui fût muet dans sa cage donnant ainsi confiance aux jeunes joueurs étoilés dans tous ce qu’ils entreprenaient.
Ainsi, l’étoile, ne s’est pas faite priée pour grignoter son retard au score en axant son jeu sur son pivot, Sami Yassine, très en verve en cette fin de première mi-temps. Notre équipe assiste alors impuissamment à la remontée étoilée au score. Passant à une différence de 3 points à 3 minutes de la fin de la première mi-temps, le score se termina sur un résultat de parité sur le score de 12 partout. L’entraîneur étoilé semble avoir gagné son pari : ne pas se faire distancer au pire des cas au score et préserver la fraîcheur physique de Sobhi SAIED pour l’incorporer dans la deuxième partie de la rencontre.
Du côté espérantiste, la frustration était visible sur les visages de notre staff et de nos poulains. Seulement, ceux qui se fiaient aux statistiques pouvaient rétorquer que à chaque fois que notre équipe a obtenu un résultat de parité au cours de la première mi-temps lors de ses matchs chocs contre son voisin clubiste et contre cette même étoile, elle sortait victorieuse à la fin. Cependant, la vérité du terrain était totalement différente et nous attendions la reprise de la deuxième mi-temps pour juger la capacité de réaction de nos protégés. Cette deuxième mi-temps nous réserva un scénario Hitchcockien avec des moments de frisson interdits aux cardiaques.
Quand on joue avec le feu
L’entame de la deuxième mi-temps fût catastrophique dans le camp espérantiste avec une succession de balles perdues en attaque due principalement à une précipitation au niveau de la construction du jeu et la circulation de la balle. Un facteur qui a amené notre coach à changer son dispositif offensif en faisant sortir Ben Abdallah très émoussé physiquement et en incorporant Gatfi à sa place. Seulement, la peur de perde était lisible dans le comportement individuel et collectif de l’équipe chose qui a permis à l’équipe étoilée de bénéficier des errements de nos joueurs en attaque pour mener des contre-attaques « meurtrières » et pleinement efficaces devant la cage espérantiste. Zheni ne pouvait que constater les dégâts.
Ce revirement donna des ailes à l’équipe sahélienne qui se procura un avantage atteignant une différence de 4 points à la 18ème minute de la deuxième mi-temps. Sobhi Saied donna du tournis à la défense sang et or en dépit du marquage qui lui fût réservé par Sattari. Notre coach décida alors de changer son système défensif allant jusqu’à jouer en système 3-3 avec 3 joueurs avancés sur les Sasha, Saeid et Kahouli. Ce fût un changement tactique payant puisque notre équipe réussit en 3 minutes à recoller au score pour se retrouver avec seulement un point de retard sur son adversaire avant 9 minutes de la fin de la rencontre.
Commença dès lors un chassé-croisé entre les deux équipes pour se retrouver à égalité à 27 partout. Il restait à peine une poignée de secondes, Horri tenta de surprendre Zeriat mais son tir fût repoussé par le keeper étoilé. De l’enfer au paradis puis de nouveau du paradis à l’enfer, nous étions tiraillés entre, d’une part, un sentiment de frustration du fait qu’on pouvait tuer ce match dans ses ultimes secondes et réaliser le hold-up parfait et, d’autre part, un sentiment de soulagement pour la belle réaction de nos poulains, dans un contexte de jeu très difficile conjugué à la méforme inexplicable de Zhani. Les prolongations étaient une occasion pour tous les observateurs et amateurs de handball de juger les capacités physiques et mentales des joueurs des deux équipes. Il est évident que celui qui pouvait supporter la pression sans trembler en doublant ses efforts pouvait sortir victorieux.
De ce fait, les observateurs les plus avertis pouvaient miser sur l’expérience de Sobhi Saied, un vrai meneur d’hommes dans les moments décisifs d’un match aussi intense. Seulement, il y’avait un joueur espérantiste qui par son talent, sa classe et son courage a pu démentir tous les pronostics donnant l’équipe étoilée gagnante de ce duel épique. Il s’agit du brave Brahim Lagha.
Lagha : le talent à l’état pur
Le chassé-croisé se poursuivra entre les deux équipes durant cette première prolongation. Notre équipe réussit grâce au marquage étouffant sur Saied à maîtriser la machine offensive adverse. Notre équipe aura même un avantage de 2 points et une balle de match qui fût lamentablement ratée par Gharbi, seul en position de pivot devant le keeper Zeriat. Il était écrit quelque part que les dieux de la salle Olympique de Sousse faisaient tout pour faire durer le plaisir. Ce plaisir de voir les deux meilleurs équipes en découdre et se batailler quitte à faire des victimes cardiaques dans le camp des supporters des deux équipes.
Notre ailier droit Lagha confirma son statut de meilleur recrutement espérantiste de ces 5 dernières années en mettant des buts décisifs dans la deuxième prolongation du match. Il restait une poignée de secondes de la fin de la deuxième prolongation et l’étoile tenait la victoire entre ses mains avec une avance d’un point (33-32). Portés vers l’attaque dans un dernier sursaut rageur, nos protégés réussissent à obtenir un pénalty. Le tir décisif était entre les mains du meilleur joueur Lagha qui tire et rate son seul pénalty du match. Cruel scénario dans une salle qui explosa de joie croyant le sort du match scellé en faveur de l’équipe étoilé.
Seulement, il y avait Gharbi qui, en position d’ailier droit, réussit à récupérer le ballon et plonge pour tirer dans un angle « mort ». Un but, qu’on ne réussit jamais même dans les entraînements. Il était clair que le plaisir se transformait en jouissance et notre stress se transformait en calvaire. L’épreuve des penalties aurait pu être fatale à nos poulains. L’étoilé Romène avait la balle de la victoire entre ses mains mais il était écrit que notre instinct de survie allait le déstabiliser. Le poteau de Wassim Hlal sauvera notre équipe. Yosri Ghali avance pour tirer le 2ème pénalty sahélien lors de la deuxième série et c’est Sélim Zheni qui demanda à son coach et à Wassim Hlel de lui laisser la responsabilité de garder la cage Espérantiste.
Zhéni, auteur de son plus mauvais match de la saison cette année, sentait la fin de notre calvaire et il eût raison. Il repoussa le tir du joueur étoilé. Le match était fini laissant place au délire dans la salle olympique de Sousse. La victoire est doublement belle et significative. Elle ouvre la porte du sacre final pour une équipe en quête de repères et de reconnaissance dans le milieu du handball. Mais c’est une victoire qui vient faire taire les mauvaises langues qui ont discrédité notre victoire en championnat de football contre le même adversaire laissant entendre que le sort du match de football était arrangé en contrepartie d’une renonciation au titre de champion de handball en faveur de l’Etoile.
La prestation de notre équipe, samedi dernier, en dépit des frissons causés à nos supporters, a prouvé que notre Espérance est au dessus des petits jeux malsains et des rumeurs mal intentionnées …
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Crédit Photo : Site Officiel


